Pas assez de places de stationnement ou trop de voitures ?
Par Alain Caraco le jeudi 18 août 2005, 01:19 - Stationnement - Lien permanent
On ne peut pas à la fois lutter contre la pollution et le réchauffement climatique (le souvenir de la canicule de 2003 n'est pourtant pas loin) et faciliter l'usage de l'automobile en ville. Or, bien plus que les conditions de circulation, ce sont les conditions de stationnement qui sont déterminantes dans le choix du moyen de transport. Le Plan de Déplacements Urbains (PDU) prévoit de contenir le trafic automobile à Chambéry à son niveau actuel, en doublant l'usage des transports en commun et du vélo. Pour y parvenir, il faut que ces modes de transport soient attractifs : couloirs réservés pour les bus, voies et stationnements sécurisés pour les vélos. Ces aménagements ont un coût et chaque euro public dépensé en faveur de l'automobile retarde d'autant leur réalisation.
Un tiers des foyers des quatiers du Centre-Ville, du Laurier et du Biollay n'ont pas de voiture. Ils ne sont donc pas demandeurs d'une amélioration du stationnement, mais bien des transports en commun et des conditions de circulation à pied et à vélo. Quant aux ménages motorisés, tant en ville qu'en banlieue, ils comptent également des adolescents sans voiture, dont les parents passent une bonne partie de leur temps à faire le taxi.
Chambéry a un remarquable centre ancien, qui avec son environnement naturel, fait son charme. Ce centre n'a pas été conçu pour l'automobile et ne peut pas être adapté. Le modèle de la ville faite pour l'automobile est Los Angeles : des maisons à perte de vue, étalées sur de grand espaces et reliées par des autoroutes. Naturellement, pas de piétons, pas de commerce de proximité, mais de grands centres commerciaux avec de grands parkings. Je ne crois pas que c'est ce que souhaitent les chambériens et, vu la topographie, c'est de toutes façons impossible.
Je fais souvent mes achats en centre-ville, à pied ou à vélo. Le succès du commerce de centre-ville dépend moins de la facilité de stationnement que du plaisir de faire ses courses dans un environnement agréable. C'est le cas, par exemple, du marché du samedi matin. C'est aussi la raison pour laquelle on a fait les rues piétonnes. Se souvient-on encore des inquiétudes des commerçants, qui, il y a plus de vingt ans, craignaient de perdre leur clientèle si les automobilistes ne pouvaient plus voir leur vitrine en roulant et se garer devant leur boutique ? Certains commerçants du centre ont compris qu'on pouvait combiner agrément et confort en livrant à domicile les achats encombrants. Cette initiative gagnerait sûrement à être développée et mieux connue. Enfin, lorsque le centre-ville redevient peu encombré, c'est-à-dire après 19 heures et avant 8 heures, il est suffisamment doté en parkings et on n'éprouve alors aucune difficulté à se garer.
Certains ont réellement besoin de pouvoir circuler et stationner en ville : artisans, livreurs, médecins, infirmiers ou services de sécurité, par exemple. D'autres pourraient facilement s'en dispenser, surtout quand on sait qu'une part importante des trajets en voiture sont inférieurs à trois kilomètres. Pourquoi ne le font-ils pas ? En partie pour de bonnes raisons : pas assez de bus, des bus trop lents, des horaires inadaptés, des bus pas assez confortables, une circulation à vélo trop dangereuse, la peur de se faire voler son vélo. En partie aussi à cause d'une grande difficulté à imaginer qu'on puisse se déplacer autrement qu'en voiture si on a les moyens d'en avoir une.
Là où des places de stationnement seraient utiles, c'est en périphérie, à au moins 3 kilomètres du centre, avec des lignes de transport en commun rapides, fréquentes, régulières et confortables. Le PDU a prévu ces parkings relais. Leur réalisation rapide est plus qu'urgente. Naturellement, leur tarification devra être incitative, afin que laisser sa voiture pour prendre le bus revienne moins cher que d'entrer en ville avec sa voiture et ce, quel que soit le nombre de passagers.
L'automobile est une invention remarquable, qui permet de se déplacer facilement en zone peu dense. Un bon repas accompagné d'un bon vin est un plaisir à partager ancré dans notre culture. Pourtant, l'abus trop fréquent de nourriture et de boisson conduit à l'obésité et à l'alcoolisme. Faudra-t-il un jour imposer la mention "abus dangereux, sachez apprécier et utiliser avec modération" sur chaque voiture ?


Commentaires
Pourquoi vouloir faciliter la vie des automobilistes avec des parkings-relais aussi hideux qu'inefficaces ? Privilégions les TC et les cycles et laissons les aménagements routiers comme ils sont. C'est seulement sous la contrainte que les gens change(ro)nt d'habitude.
La question est controversée. En gros, les parkings relais font diminuer les nombre d'automobiles dans le centre des agglomérations, mais pas en périphérie. Quelle solution cependant pour tous ceux qui se sont installés en zone périurbaine et qui se sont endettés pour 15 à 25 ans pour rembourser leur maison ? Ils ont certes choisi de le faire, mais la société les a largement encouragés. J'ai du mal à imaginer, du moins dans les prochaines années, un réseau de transport en commun suffisament fin pour desservir correctement les zones peu denses. Les parkings relais ne sont peut-être qu'une étape pour faire reculer le territoire dominé par l'automobile. S'ils deviennent inutiles au bout de quelques années, on pourra facilement construire des logements et des lieux d'activité économique sur les terrains, qui seront très bien desservis par les transports en commun. Quant à la contrainte, il en faut sûrement un peu, mais l'abus en devient vite dangereux.
Ma réponse a sans doute été trop empreinte de la situation grenobloise où on nous pond des P+R dans Grenoble intra-muros ! De plus, j'ai uniquement en tête les déplacements de type domicile-travail / étude.
En périphérie, c'est un peu différent et je vois deux cas de figures :
- le type qui habite en couronne d'agglo : il lui est facile de se rabattre sur une station de tram ou de ligne express ou de gare SNCF à vélo. Pas besoin de P+R autos avec quelques places vélos mais l'inverse.
- le type qui habite dans un bled paumé : il rejoint la gare SNCF la plus proche. Besoin d'un P+R effectivement.
A Grenoble, les P+R sont trop proches du centre-ville : quand on n'atteint ces P+R, autant aller se garer dans l'hyper-centre.