Faire circuler des voitures ou transporter des personnes ?
Par Alain Caraco le dimanche 1 janvier 2006, 21:00 - Automobile - Lien permanent
Une récente étude prétend démontrer que les mesures de réduction de l'espace occupé par l'automobile à Paris sont inutilement brimantes pour les automobilistes, sans faire baisser la pollution.
En gros, la thèse est la suivante. Il y aurait maintenant 13% de voitures en moins dans Paris, mais comme elles sont plus souvent prises dans des bouchons, elles pollueraient 60% de plus. Cette supposée hausse de la pollution est le fruit d'une déduction et non d'une mesure. Surtout, l'étude donne du grain à moudre à tous ceux qui semblent regreter l'époque où on croyait qu'il fallait à adapter la ville à l'automobile, par exemple deux journalistes (Jean-Louis Andreani, dans Le Monde du 23 décembre 2005, p.2 et surtout Jan Krauze dans le Monde 2 du 24 décembre 2005, p. 5). Fort heureusement, on peut lire d'autres réactions, comme celle de Cécile Nangeroni (Ville et transports magazine, 21 décembre 2005, p.6) ou de Jean Sivardière (Le Monde 2 du 31 décembre 2005, p. 4).
Il convient de rappeler qu'à Paris, 93 % de la surface de la
chaussée est actuellement
dédiée à la voiture (source :
http://www.debatdeplacements.paris.fr/concertation/diagnostic.php )
alors 13% des déplacements dans Paris se font en voiture.
Ces chiffres ne sont pas exactement comparables, notamment
parce le premier ne concerne que la
surface de chaussée, à l'exclusion des trottoirs,
alors
que la marche représente plus de la moitié des
déplacements. De même une part importante des
déplacements faits avec les transports en commun utilisent
des
infrastructures hors voirie, qu'il s'agisse du métro, du RER
ou des lignes de chemin de fer. Il serait
intéressant d'obtenir des chiffres permettant une
vraie comparaison, mais on peut cependant d'ores
déjà
déduire que l'automobile occupe une surface
proportionnellement beaucoup trop importante (vraisemblablement entre
trois et six fois) par rapport au nombre de personnes qu'elle
transporte. En économie, on parlerait de mauvaise allocation
de ressources.
Si on considère que l'objectif est de faire circuler des voitures, on peut, comme le font les auteurs de l'étude et certains journalistes, pester dans un embouteillage, à côté d'un couloir d'autobus qui semble vide, justement parce que la circulation y est fluide. Si on résonne en nombre de personnes transportées, il ne s'agit que d'une meilleure allocation d'une ressource rare : l'espace urbain.
La réduction de la surface consacrée à l'automobile à Paris n'a donc rien d'abusif. Elle est encore en deça de ce qu'il faudra faire dans un avenir proche.


Commentaires
Dans Le Monde du vendredi 6 janvier 2006 :
le principal problème auquel nous nous heurtons est que en réalité... ils ne prennent pas de place à la voiture... ce qui fait que tous les débats sont archi-biaisés!
Depuis 2001, au début de la mandature, la place de la voiture à Paris a été pas mal réduite par les couloirs de bus-vélos-taxis.
Malheureusement, cet élan n'a pas duré.
De plus en plus, la mairie propose des 'solutions' de pistes cyclables sur trottoirs non élargis, signalées par un simple trait de peinture.
En ce qui concerne les pistes sur trottoir élargi comme Magenta, Jean-Jaurès, Maréchaux, elles sont peu adaptées à la circulation cycliste (trop étroites, mal délimitées, non continues, biscornues, angles droits).
Et le projet du Réseau Vert (création d'un maillage de rues réservées aux circulations non motorisées), pourtant intégré au contrat de mandature, a pris tellement de retard qu'à ce jour, zéro travaux n'ont été effectués.