Cet essai tente d'établir les dix commandements du libéralisme au début du XXIe siècle.

  1. Le rapport à soi : Tu te laisseras conduire par l'égoïsme !
  2. Le rapport à l'autre : Tu utiliseras l'autre comme un moyen pour parvenir à tes fins !
  3. Le rapport à l'Autre : Tu pourras vénérer toutes les idoles de ton choix pourvu que tu adores le dieu suprême, le Marché !
  4. Le rapport au transcendantal : Tu ne fabriqueras de Kant-à-soi visant à te soustraire à la mise en troupeau !
  5. Le rapport au politique : Tu combattras tout gouvernement et tu prôneras la bonne gouvernance !
  6. Le rapport au savoir : Tu offenseras tout maître en position de t'éduquer !
  7. Le rapport à la langue : Tu ignoreras la grammaire et tu barbariseras le vocabulaire !
  8. Le rapport à la loi : Tu violeras les lois sans te faire prendre !
  9. Le rapport à l'art : Tu enfonceras indéfiniment la porte déjà ouverte par Duchamp !
  10. Le rapport à l'inconscient : Tu libéreras tes pulsions et tu chercheras une jouissance sans limite !

Je n'ai pas forcément tout approuvé dans ce livre écrit par un philosophe, ni même tout compris, mais j'ai beaucoup aimé la conclusion :

Qu'une chose soit au moins claire : il ne s'agit sûrement pas de se débarrasser entièrement et sans autre forme de procès du libéralisme. Car - je l'ai dit dès l'ouverture - il nous a amené de très appréciables bienfaits par rapport aux systèmes antérieurs : libertés individuelles et élévation du niveau de vie moyen. Il s'agit plutôt de se débarrasser de ses effets pervers qui, en devenant envahissants, commencent à rendre ce système de plus en plus contre-productif. Ces effets pervers tiennent fondamentalement à la croyance que les intérêts égoïstes privés peuvent s'harmoniser en autorégulation spontanée. Il faut à cet endroit déchanter : la Providence divine qu'on invoque depuis les origines du libéralisme n'existe pas. Les hommes ne peuvent s'en remettre à un supposé mécanisme divin invisible qui ferait les choses pour eux et mieux qu'eux. Il ne faut pas « laisser faire ». Il faut au contraire que les hommes interviennent. Autrement dit, il faut qu'ils régulent leurs activités par eux-mêmes en fonction de leurs intérêts collectifs, sinon la régulation se fera spontanément au profit de certains intérêts privés plus forts que d'autres, transformant la Cité en une jungle, cependant que ses habitants seront tenus de se transformer en joueurs pervers.

Le divin marché : la révolution culturelle libérale / Dany-Robert Dufour. - Paris : Denoël, 2007. - (Bibliothèque Médiations). - ISBN 978-2-20725914-6