L'objectif de la CCE est de faire diminuer la consommation d'énergie (fossile ou nucléaire), pas de redistribuer la richesse. Plusieurs taxes ou aides ont un rôle comparable. L'augmentation du prix du tabac a frappé plus durement les pauvres que les riches, mais elle a fait baisser considérablement le tabagisme. De même, le bonus-malus sur les automobiles n'a pas tenu compte des revenus de l'acheteur, mais il a orienté rapidement le marché vers des véhicules moins polluants. On pourrait dire la même chose de la TVA à 5,5% sur les travaux de rénovation de l'habitat, qui a profité autant, sinon plus, aux riches qu'aux pauvres, mais qui a surtout fortement réduit le travail au noir dans le bâtiment. Ou encore des crédits d'impôts pour les travaux d'économie d'énergie. Ou même, depuis plus longtemps encore, des allocations familiales, attribuées sans condition de ressource.

Il convient donc de distinguer la fiscalité ayant pour objectif d'encourager ou de décourager certaines pratiques de celle destinée à redistribuer plus équitablement la richesse.

Bien sûr, les plus pauvres ne pourront pas dès demain s'acheter une voiture moins gourmande ou changer immédiatement leur vieille chaudière au fioul. Leur marge de manoeuvre sera toujours moins importante que celle des riches, mais il découvriront vite qu'en s'organisant avec des voisins, ils peuvent utiliser une seule voiture au lieu de deux, trois ou quatre. Ou utiliser leur voiture (ou mieux, leur vélo) seulement jusqu'à la gare ou l'arrêt de car le plus proche.

La justice sociale est une autre question, tout aussi importante. Mais la justice sociale, ce n'est pas le droit pour les pauvres de gaspiller comme les riches. La justice sociale consiste à demander aux plus riches une plus forte contribution aux dépenses de service public et de solidarité. La première mesure en ce sens est la suppression du bouclier fiscal. La deuxième serait une grande réforme de l'impôt sur le revenu et de la CSG, fusionnées en une contribution unique fortement progressive. Se souvient-on que quand Raymond Barre (pas vraiment un dangereux gauchiste !) était premier ministre, la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu atteignait 90%, alors que les différents gouvernements, de droite comme de gauche, l'ont progressivement descendue à 40%, le tout couronné par le récent bouclier fiscal ? Une fiscalité socialement plus juste pourrait justement aider les plus pauvres à avoir un comportement plus écologique, soit directement, en ayant les moyens d'isoler leur logement, soit indirectement, en ayant des transports en commun près de chez eux.

Alors oui à la fiscalité écologique et oui à la fiscalité sociale : elle ne sont pas opposées, mais complémentaires.